Le colloque de l’association 2015

Le colloque de l’association ADCIFRESHS aura lieu à Rennes les 3 et 4 septembre 2015. Il donnera la possibilité aux doctorants d’échanger, à travers une approche réflexive, sur les enjeux constitutifs d’une thèse de doctorat sous contrat CIFRE. A travers les interventions des doctorants, un débat sera ouvert sur l’épistémologie et la dimension critique de la recherche sous CIFRE en SHS (journée 1). 

Le colloque permettra par ailleurs de faire discuter les différents acteurs de la convention CIFRE en SHS sur les enjeux et les conditions pratiques de la recherche en CIFRE : les doctorant-e-s, les directeurs/trices de thèses, les écoles doctorales, l’ANRT / Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement et de la Recherche, la Conférence des Présidents d’Université, et les structures d’accueil du doctorant-e qu’elles soient publiques ou privées (journée 2).

Brochure du colloque avec le programme définitif des jeudi 3 et vendredi 4 septembre 2015 : cliquez ici

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Poster

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Informations pratiques : cliquez ici

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Appel à communication

La recherche en funambule : établir une approche critique tout en étant engagé par et dans son terrain. Le cas des thèses CIFRE en sciences humaines et sociales

Les interrogations épistémologiques sont des questions concrètes qu’il faut affronter, tout au long de la recherche, de ses commencements à son aboutissement, sur un mode réflexif (Dumez, 2012). Ce sont « des questions que l’on rencontre en se cognant contre elles et en se faisant des bosses » (Wittgenstein in Dumez, 2012). Elles sont d’autant plus prégnantes dans le cadre des recherches en sciences humaines et sociales, davantage sujettes à critique, notamment concernant leur objectivité, l’implication du chercheur sur son terrain, mais aussi une trop faible distanciation (Paillé, [2006], 2010). Bien que de telles critiques méritent d’être nuancées, l’idée reçue selon laquelle la science serait d’autant plus exacte et objective qu’elle est détachée des contingences du monde social reste vivace (Latour, 1995). Ces différentes critiques et interrogations résonnent alors même que les chercheurs sont exhortés à « sortir de leur tour d’ivoire », c’est-à-dire du laboratoire, pour s’inscrire un peu plus dans la société.

Dans ces conditions, les dispositifs que sont les Conventions Industrielles de Formation par la Recherche (CIFRE) interrogent. En effet, instrument de politique publique de la recherche promu depuis 1981 en France, ce type de dispositif reposant sur un accord tripartite permet à des doctorants de réaliser leur recherche au sein d’un organisme (qu’il soit public ou privé), pendant trois ans, en liaison avec un laboratoire de recherche au sein duquel la direction de thèse assure l’encadrement scientifique. L’organisme reçoit une subvention annuelle de la part de l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (ANRT) et verse au doctorant un salaire. Bien que les CIFRE soient l’apanage principal des sciences du vivant et de l’ingénieur et qu’elles soient principalement tournées vers le transfert de technologies ; elles sont de plus en plus nombreuses, chaque année, à s’inscrire dans le giron des sciences humaines et sociales.

Cette position apporte aux chercheurs un certain nombre d’avantages en permettant, notamment, un positionnement au plus près du terrain afin d’entrouvrir cette fameuse « boîte noire », souvent évoquée par Bruno Latour et d’observer et d’analyser des faits dont il peut s’avérer difficile d’avoir connaissance depuis « l’extérieur ». Pour autant, si les financements privés n’ont rien de récent et relèvent même d’une certaine tradition outre-atlantique1 ; ils posent directement la question des contraintes liée à l’élaboration de l’objet de recherche, au traitement de ce dernier ; ainsi que de la posture adoptée par le chercheur tant lors de son entrée sur le terrain, son maintien et sa sortie. Être engagé par son terrain pose donc une série de questions d’ordre pratique, méthodologique et épistémologique. Ainsi, l’une des principales difficultés réside alors dans la double position parfois inconfortable qui incombe au chercheur, à savoir être engagé dans son terrain, mais également par son terrain (Alam, Gurruchaga, O’Miel, 2012). Cette position ne signifie pas pour autant l’abandon de l’ambition scientifique ni le basculement dans un militantisme aveugle, mais nécessite une certaine réflexivité. Dans ces conditions, comment et dans quelle mesure est-il possible de produire des savoirs critiques tout en tirant profit d’une position internaliste, souvent peu accessible à l’enquêteur ?

Nous attendons des communications menant une réflexion théorique sur les implications pratiques et méthodologiques d’une telle position de recherche s’appuyant sur des enquêtes de terrain en CIFRE. En effet, c’est bien à partir de telles opérations que nous souhaitons que les réflexions soient développées, car cela nous semble être la condition pour qu’elles s’articulent à des enjeux de connaissance importants. Les communications peuvent s’inscrire dans un ou plusieurs axes thématiques suivants :

Axe 1 : Contexte d’interpellation et entre-définition des acteurs

Les sollicitations de chercheurs par des structures et acteurs extérieurs au monde académique, pour répondre à des besoins qu’ils expriment, ne relèvent en rien de l’exceptionnel. Pour autant, elles interrogent. En effet, selon que le chercheur est présent en « clandestin » sur son terrain de recherche ou que sa présence ait été requise ; sa position ne sera pas la même (De Lavergne, 2007). Effectue-t-il un travail de façon contractuelle ou au contraire sur son initiative personnelle ? Bien qu’extrêmes, ces positionnements ont pour objet de démontrer l’influence du contexte d’interpellation du chercheur vis-à-vis de la place que ce dernier peut-être amené à occuper. Il pose de même la question des attendus (s’agit-il de recourir à une forme d’expertise légitimante de l’action publique ou privée ?) et de l’approche privilégiée. Ainsi, le choix de l’objet de recherche, l’orientation, ainsi que les critères définis pour l’investir relèvent-ils d’une soumission du chercheur (Singleton, 1998) ou plutôt de l’établissement d’un « questionnement conjoint » (Laurent, 2006) ? De telles interrogations nécessitent d’être posées. En effet, le contexte d’interpellation est une phase délicate, mais néanmoins consubstantielle, où chacun est amené à faire valoir son identité et les rôles attendus de chacune des parties prenantes (Audoux et Gillet, 2011) au sein de la recherche.

Les propositions pourront donc porter sur les conditions et la configuration dans laquelle la CIFRE a été produite et lancée ; ainsi que sur la façon dont le-la doctorant.e. CIFRE s’est engagé-e dans l’institution.

Axe 2 : Engagement et distanciation

Comme tout chercheur, le doctorant CIFRE est pris dans le maelström de l’engagement et de la distanciation pour reprendre les mots de Norbert Elias (1983). Se pose ainsi la question de son implication dans et pour l’organisme en tant que salarié, mais aussi d’accessibilité aux terrains et aux données ; tout en conservant une distance critique et réflexive propre au travail de recherche. Cette tension, pouvant mener à expérimenter des situations de tiraillement, remet au centre les interrogations sur les possibles d’une science critique en situation de subordination, vis-à-vis d’un commanditaire dont le salaire du doctorant dépend. En effet, au-delà de l’intérêt commun pour un objet d’étude, les règles du jeu de la recherche et de l’organisme accueillant le chercheur ne convergent pas toujours (Perrin-Joly, 2011) et peuvent engendrer des sources de tensions et des divergences d’intérêts. Mais bien que la situation puisse parfois être vécue comme conflictuelle, tirer parti d’une telle position et des appartenances multiples peut aussi constituer une ressource pour l’enquête.

Les propositions pourront questionner cette tension en l’inscrivant dans l’enquête. On attend ici des communications qui abordent les bénéfices d’une telle posture ainsi que les difficultés qu’elle peut engendrer.

Axe 3 : Restitution et valorisation des travaux

En outre, la restitution est également un moment de l’enquête. Il s’agit pour le chercheur de dessiner un espace de transition entre les apports de la recherche et les intérêts que ces derniers peuvent représenter pour des acteurs aux prises à des situations diverses (De Lavergne, 2007) ; c’est-à-dire de mettre en relation les différentes composantes de la société et la recherche en sciences sociales (Laurent, 2006). Elle peut être, à certains égards, un moment de tension ou d’incompréhension entre chercheurs et commanditaires. En effet, l’enjeu est alors à la fois de produire des savoirs qui puissent être appropriés tout en répondant aux canons académiques. Dans ces conditions, comment tenir ensemble réflexion critique, respect des règles méthodologiques et potentielles appropriations institutionnelles ? Quelles sont les conditions qui permettent des formes d’appropriation des savoirs produits par l’institution accueillant le chercheur et les acteurs ?

Les communications pourront répondre à une ou plusieurs de ces questions en prenant appuient sur l’expérience de terrain développée pendant la CIFRE.

Calendrier :
15 avril 2015 : Date limite d’envoi des intentions de communication
15 mai 2015 : Avis du comité scientifique
15 août 2015 : Date limite d’envoi des textes définitifs
3-4 septembre 2015 : Déroulement du colloque

Télécharger l’AAC du colloque ADCIFRESHS 2015 en cliquant ici

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